Parce que pour écrire, il faut déjà savoir lire. Relire, déchiffrer, comprendre, interpréter. Et nous apprenons souvent à lire avant même d’écrire.
Extension naturelle de la parole, du son et de nos connaissances, l’écrit retrace les récits d’autrefois, les habitudes, parfois même nos propres mythes.
Nous lisons pour apprendre, nous approprier, comprendre, mais aussi pour nous évader.
J’ai très longtemps lu.
Je me suis noyée dans un océan de mots, de notes et de savoirs. Les mythes, les légendes, les classiques. Les mots selon les époques, les représentations sociales des temps anciens.
Puis j’ai ouvert les portes de la réflexion philosophique, parfois au prix de lectures difficiles qui exigeaient leur propre réflexion. Théâtre, poésie… Tout un fleuve de musicalités, de constructions et de styles ouvrant le champ des possibles et celui des interprétations.
Mais j’ai aussi trop lu.
Par obligation. Par soif d’apprendre et de tout connaître. Par conseil, parfois par pression de réussite.
À force d’accumuler les versions, les visions et les explications, parfois très scientifiques, souvent dénuées d’imaginaire, j’en ai perdu quelque chose d’essentiel.
Le plaisir de lire.
Cette rationalisation forcée avait sa nécessité. Elle m’a apporté des connaissances, des repères, une recherche de véracité. Mais elle a aussi, peu à peu, obstrué la porte de l’imaginaire et de l’évasion.
Cette douce folie d’appropriation et de magie que je retrouve enfin après tant d’années.
Je garde pourtant quelques reliques que je prends encore plaisir à feuilleter. Des livres qui ont résisté au temps, aux études, aux analyses.
Et après tant d’années sans véritable goût pour la lecture, voilà que l’aboutissement de mon écriture éveille doucement quelque chose que je pensais avoir perdu.
L’envie de lire à nouveau.
Non plus seulement pour savoir.
Mais pour repartir ailleurs.